»Marseille Gangster Tour »: la criminalité marseillaise entre curiosité historique et voyeurisme

Tirer profit du fantasme du crime et de la violence dont souffre Marseille : depuis un an, Mathieu Faureau, auto-entrepreneur, organise plusieurs dimanches par mois le  »Marseille Gangster Tour », une visite touristique sur les traces du grand banditisme d’hier. Au programme : mafia et gangsters, des années 20 à 90. Une histoire de violence et de criminalité évoluant à travers les époques et entretenue aujourd’hui par la jeunesse marseillaise.

Marseille effraye. Mais Marseille intrigue et fascine également. Pendant deux heures, le guide promène sa troupe  du quartier St Jean à l’Opéra, pour découvrir les lieux incontournables du crime organisé: cabarets, bars maudits et  »maisons de tolérance », dans lesquels se sont déroulés trafics et règlements de compte les plus sordides. Mise en scène minutieuse oblige, la visite est enrichie de nombreuses photos et articles de presse d’époque.

« Cette visite se veut avant tout pédagogique », soutient le guide, passionné d’histoire, qui joue de l’image médiatique donnée de Marseille :  »On ne peut pas lui enlever cette image-là, la criminalité ici existe et existera encore. Il vaut mieux l’expliquer aux touristes que la leur cacher », justifie-t-il. Pourtant, cette mise en scène et cette médiatisation participent à ancrer dans l’opinion publique ce côté sombre de la ville.

Par ailleurs, cette image est entretenue par ce que Laurent Mucchielli, sociologue traitant des questions de la délinquance et des quartiers populaires, qualifie de  »continuum implicite, qui fait croire aux gens que parce qu’il y a des bandits qui se tirent dessus,  marcher dans la rue à Marseille est quelque chose d’incroyablement différent que marcher à Londres ou à Toulouse ».  Cette vision obscure de la ville est  »intériorisée » par la jeunesse des quartiers nord, qui, aujourd’hui, s’en sert pour faire perdurer la violence, et  »reproduire les codes instaurés » par les figures du grand banditisme d’hier. Mais, selon Mucchielli, cela ne nuit pas à Marseille, qui  »n’est pas une ville plus dangereuse qu’une autre ».

Curiosité historique ou voyeurisme, la visite attire majoritairement des locaux, désireux de comprendre l’histoire de leur ville. Tandis que certaines villes en pâtissent, ce tourisme du crime répond ici à une réelle demande de sensationnel et de spectacle. La légende marseillaise semble avoir encore de beaux jours devant elle… dont certains n’hésitent pas à tirer profit : le « Marseille Gangster Tour » coûte 12€ la visite. Comme Mathieu, les organisateurs de ces visites se constituent comme de véritables relais de l’image mythifiée de Marseille, sanglante et plongée dans l’insécurité, au grand dam de l’Office de tourisme qui refuse de les  »cautionner ».

 

Alicia Devineau et Elise Traikzi

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