La loi du silence

 

« La banlieue, matin et soir la banlieue
Les fafs sont heureux, tous ce bruit fait leur jeu
Au lieu de dépenser des pellicules donnez-nous l’argent
Qu’on puisse enfin construire quelque chose de plus intéressant. »

 

Ces paroles d’IAM, groupe de rap emblématique de Marseille, pointe du doigt les failles du traitement médiatique des banlieues de la cité phocéenne. Les 13ème et 14ème arrondissements, qui constituent les quartiers nord de la ville, représentent 160 000 habitants, soit l’équivalent d’une ville comme Dijon. Pourtant, leur couverture médiatique, souvent erronée, contribue à alimenter leur stigmatisation. Les médias adoptent généralement le champ sémantique de la violence et de la déviance pour caractériser ces quartiers dits « d’exil ».

L’autre réalité

« Il y a un réseau associatif important sans reconnaissance du travail de proximité auprès des populations, et donc un isolement de ses acteurs. La puissance publique a totalement déserté ces quartiers », explique Sylvie Hautcoeur, ex-directrice du service des Sports à la mairie du 13/14 à Marseille. Selon l’ex-élue socialiste, membre à part entière de ce tissu associatif depuis plus de vingt ans, les médias ne relatent jamais les histoires de jeunes qui réussissent, considérant qu’il s’agit de l’exception qui confirme la règle jusqu’à réduire l’existence de ces quartiers aux règlements de comptes et aux trafics de drogue. Elle décrit une « effervescence associative » dans ces quartiers-là qui se traduit par des dispositifs communautaires favorisant l’insertion sociale des jeunes à travers le sport ainsi qu’une véritable culture caritative. Les systèmes d’entraide entre habitants sont particulièrement développés et propres à ces banlieues.

Pourtant le silence règne du côté des pouvoirs publics et des médias. Cette situation d’abandon suscite un sentiment de résignation de la part des habitants, un retrait apathique. Ces derniers sont comme tétanisés par peur des représailles et refusent de se mobiliser dans un environnement de plus en plus dégradé, selon les dires de l’élue. La précarité économique caractérise ces espaces cloisonnés, selon les chiffres de l’Insee de 2015, le taux de chômage des 14ème et 15ème oscille entre 25 et 30%, soit deux fois plus que dans les autres arrondissements. Les misères humaines sont exacerbées dans ce microcosme social marseillais mais la réponse des institutions est inadaptée, notamment depuis l’arrivée du Front national à l’échelle municipale. A titre d’exemple, les travaux de l’école primaire de la Busserine (14ème arrondissement) ont été retardés par manque de subventions suite à un vote « anti » des élus frontistes, et ce depuis le mois de juin 2014.

 

Fanny Laurent

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